Le monte-plats d’Harold Pinter : Une lecture bleu-nuit par Etienne Launay

Gus et Ben attendent sagement dans une chambre sans fenêtres qu’arrive leur prochain contrat. Entre petites interactions, rapports de forces et petits riens pour passer le temps, les rapports des deux compères se dessinent sous les yeux du spectateur quand soudain, un monte-plats leur parvient, chargé d’un papier sur lequel sont écrites de curieuses consignes.

L’attente, l’amitié conflictuelle et le silence. Comment faire passer le temps ? Cette pièce absolument beckettienne ne se résume pourtant pas à son ADN théâtral qui pourrait d’ailleurs être bien lourd à porter si c’était le cas. C’est dans des détails, une narration invisible, une menace constante qu’évoluent les personnages. Menace qui aura tôt fait de chambouler les liens qui les unissent.

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Simon Larvaron (Gus) et Benjamin Khün (Ben)

Cette ambiance sombre est servie par Etienne Launay qui a su lui donner une identité visuelle et sonore prenante, bleutée, sourde, oppressante, pour nous plonger dans cet univers et entre ces deux personnages.

Quatre personnages*. Car ici, la scène est scindée en deux et c’est quatre acteurs qui évoluent et se donnent la réplique. Le centre de la scène est scindé par un trait épais qui marque les murs de la pièce, et les acteurs peuvent disparaître en coulisses avant de reparaître de l’autre côté, remplacés par un autre acteur. Il faut noter au passage l’application de Bob Levasseur et Benjamin Khün dans le rôle de Ben, ainsi que de Simon Larvaron et Mathias Mine dans celui de Gus, qui réussissent à jouer ces entrées et sorties de scène de manière dynamique, sans casser le rythme du spectacle. Ces quatre acteurs, aux profils volontairement différents, donnent deux versions distinctes du même personnage et incarnent à merveille les deux tueurs.

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Mathias Mine (Gus) et Bob Levasseur (Ben)

Cette mise en scène audacieuse saura faire vivre au spectateur un moment intriguant et esthétiquement prenant, comme les moments où le monte-plats arrive en arrière-plan et que l’on ne voit les personnages qu’au travers d’ombres projetées, déformées, sur fond bleu. Des moments d’inspiration expressionniste accompagnés d’une ambiance sonore lourde. Si l’action peut parfois perdre en lisibilité – plus précisément, le visuel peut parfois prendre le pas sur la compréhension et sera donc plus exigeant envers le spectateur -, c’est un travail visuel et sonore convaincant et qui ajoute sans conteste une valeur au texte de Pinter en emmenant les spectateurs dans la paranoïa des deux compères.

Avec ses partis pris forts et sa manière de traiter le rythme et la tension de la pièce, cette mise en scène est une lecture intelligente de Pinter et conviendra à toute personne en quête d’un spectacle prenant, intense, beau et original.

(Bientôt, une interview avec le metteur en scène, Etienne Launay.)

Le monte-plats se jouera au Lucernaire jusqu’au 20 mai, du mardi au samedi à 18h30 et le dimanche à 15h.

Tarifs : 26€ / Plus de 65 ans : 22 € / Etudiant, demandeurs d’emploi, RSA, Intermittent : 17 € / – de 26 ans : 11 €

 

 

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