Interview : Trahisons d’Harold Pinter au Lucernaire, le casting nous parle de la modernité de la pièce (Partie 2/2)

A l’occasion de la reprise de Trahisons d’Harold Pinter, mise en scène par Christophe Gand (dont vous verrez la critique et l’interview ici), Artketing Blog vous propose une interview du casting complet autour de la modernité de la pièce sur les questions des rapports humains et de la place qu’occupe la femme dans nos sociétés contemporaines (autant dire, autour de l’actualité de la pièce.)

Yannick Laurent (Jerry), Gaelle Billaut-Dano (Emma), François Feroleto (Robert), Vincent Arfa (Le serveur), ainsi que Christophe Gand (Le metteur en scène) ont donc répondu à nos questions.

Trahisons - Emma_Jerry 1.jpg

Emma s’émancipe de plus en plus (ou de moins en moins si l’on suit l’ordre de la pièce) des présences masculines qui l’entourent. Avec cette liaison et ce divorce, elle dissout le groupe qu’ils forment tous les trois. Emma devient-elle le prisme par lequel s’expriment tous ces liens ?

Gaelle : Le point de départ chronologique de la pièce, c’est Jerry qui  va déclarer son amour pour Emma, ce qui va finalement avoir des répercussions sur leur trio.

François : Effectivement, sans cette liaison, le trio ne serait pas si fort, Emma et robert vivraient leur vie de couple et Jerry serait l’ami de la famille. Emma devient un point de jonction entre les deux hommes comme Robert devient le point de jonction de Jerry et Emma et Jerry celui d’Emma et Robert. C’est un vrai trio.

Yannick : Les relations s’additionnent, elles ne se substituent pas les unes aux autres et sont simultanées. Je pense d’ailleurs que les personnages souffrent de ça, cet amour qu’ils partagent mais qu’ils ne peuvent s’empêcher de détruire en laissant aller leurs désirs.

Gaelle : Pour ce qui est de l’émancipation, Judith (la femme de Jerry) est médecin. C’est une femme de tête, indépendante, ce que finira par devenir Emma qui acquerra une autonomie sociale et financière. Ce nouveau positionnement de la femme dans le monde a bousculé l’équilibre de ce groupe, Emma finissant par s’en séparer.

 

Cette émancipation et le fait qu’Emma tienne tête à deux hommes dans cette pièce, n’est-ce pas dans cette façon de montrer hommes et femmes à égalité que la pièce montre toute sa modernité ?

Vincent : Comme Gaëlle aime à le rappeler, la pièce se déroule à une époque charnière pour l’émancipation de la femme. Je pense qu’elle met le doigt sur quelque chose de très important dans cette pièce, en effet Emma devient galeriste, elle s’émancipe donc financièrement, mais aussi et surtout socialement. C’est une femme libre qui s’affranchit donc des anciennes mœurs de femmes aux foyers et qui s’empare de la liberté qui lui ai due. Une liberté que l’on retrouve de ce fait sur le plan sexuel et amoureux. Elle peut elle aussi tromper son mari, étant lui-même coutumier de ces pratiques, personne ne pense à jeter la pierre à Emma.

C’est en ça que cela place Emma Robert et Jerry sur le même plan, ils peuvent jouer les mêmes cartes .

Gaelle : Au début, Emma suit les hommes, s’engouffre dans des perspectives de vie. Robert lui offre une vie conjugale et répond à ses besoins matériels, Jerry, lui, promet autre chose, de l’aventure, de sortir de ce cadre, jusqu’au moment où elle veut encore autre chose. Elle finit par chercher son autonomie et fait voler en éclat le groupe qu’ils forment tous les trois. C’est une femme forte face à des hommes vulnérables. Et puis, il y a de la féminité chez les personnages masculins, on peut sentir ça, même chez Robert, qui reste très pudique. Ils évoluent tous dans un milieu artistique, cela fait écho à la vie de Pinter, c’est la transposition de son expérience personnelle. Dans cette pièce, on part de ce sensible qui transpire chez les trois personnages, chez les hommes aussi. La modernité, c’est de montrer de l’humanité avant tout.

Trahisons - Emma_Robert.jpg

Que vous évoquent ces questions, de modernité, d’égalités homme-femme, de liberté sexuelle ?

François : C’est très bien que les rapports homme-femme évoluent et que chacun ne reste pas dans une zone qui lui est impartie. Que les femmes puissent acquérir des connaissances, des responsabilités, auxquelles elles n’avaient pas accès avant. Les femmes, il n’y a pas si longtemps, elles ne pouvaient pas conduire un train ou un avion, et on parle ici de pays européens, supposément avancés sur ces questions-là. Donc on peut dire qu’il y a une évolution bénéfique de ce côté.

Vincent : C’est au final une pièce, pour moi, où l’on voit trois Hommes avec un grand H, et où les rapports de forces ne dépendent donc plus du sexe, mais seulement de leurs choix respectifs

Christophe Gand : L’immense modernité du texte de Pinter, c’est qu’il dépasse les problématiques homme-femme. C’est son universalité qui est moderne, un trio d’amours équivalentes. Je ne sais pas si son intérêt se portait sur ces questions. Il a voulu voir comment les humains communiquent ou n’arrivent pas à communiquer.

Vous pourrez retrouver la troupe de Trahisons jusqu’au 18 mars 2018 au Lucernaire. Du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 16h.

Prix : 26 € // plus de 65 ans : 21 € // étudiants, demandeurs d’emplois, RSA, intermittents : 16 € // moins de 26 ans : 11 €

 

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