Antoine Bourdelle : De bruit et de fureur Un artiste dans son œuvre

Non-loin de la gare Montparnasse, dans la rue Antoine Bourdelle, se trouve un bâtiment singulier. On y aperçoit des sculptures de bronze, imposantes, fièrement dressées au milieu d’une cour ornée de buissons ainsi que des fresques longeant une terrasse, à l’étage. Ce lieu, si vous ne le connaissez pas encore, est le Musée Bourdelle, ancien atelier de l’artiste qui donna son nom à la petite rue. Il s’y tient, jusqu’au 29 janvier, une exposition particulière, « Bruit et fureur », un nom bien trouvé qui nous montre des œuvres intenses.

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Synopsis : De bruit et de fureur, Bourdelle sculpteur et photographe retrace la conception du Monument aux morts, aux combattants et serviteurs du Tarn-et-Garonne de 1870-1871 d’Antoine Bourdelle pour sa ville natale de Montauban. Conçu sous la forme d’un assemblage de figures expressives, ce chef-d’œuvre de la statuaire signe le tournant de la carrière de Bourdelle qui développe alors un langage personnel. Le Grand Guerrier, L’Effroi, les Têtes Hurlantes : les études et recherches de l’artiste trahissent toutes une audace formelle qui, plus tard, irriguera Héraklès archer (1906-1909) ou Centaure mourant (1911-1914).

Notre avis : Il est nécessaire de parler en premier lieu de l’exposition permanente du musée, qui nous éblouit avec sa « Grande salle des plâtres », démesurée, lumineuse, pleine de bas-reliefs et d’œuvres gigantesques, d’inspiration antique, dont on retrouve des équivalents de bronze dans la cour.

Il faut aussi parler de l’atelier de l’artiste, usé par les outils et la poussière de plâtre, où l’on peut découvrir certaines techniques de moulage et les instruments utilisés pour les réaliser.

Il faut dire que les tableaux qui ornent les appartements de Bourdelle et la galerie qui précède l’exposition nous font découvrir un artiste incroyablement habile, comme l’illustrent ses essais sur le buste de Beethoven ou sa  « Première victoire d’Hannibal », merveille de détails anatomiques et de mouvement.

Il faut, et c’est le plus important, sentir la luminosité et le sentiment de fraîcheur qu’inspirent ces lieux, pour comprendre l’effet que produit De bruit et de fureur.

Après ces salles et ces galeries aérées, le visiteur devra descendre un escalier le long duquel la lumière se tamisera, pour enfin arriver dans une salle bleuté, à l’atmosphère sombre et pesante. Les premières sculptures qu’il pourra y voir seront des bustes de cuirassiers, bouche ouverte, criantes, inspirées de son amante de l’époque, Henriette Vaisse-Cibiel, dont les traits n’ont plus rien de féminins. Réinvestis par l’artiste, ils sont parfumés de violence, et l’on imagine un corps, élancé vers l’avant, qui pousse ces têtes au sein de la bataille. Dès lors, on comprend pourquoi cette exposition s’intitule De bruit et de fureur.

Suivent de nombreuses œuvres, des mains sculptées, crispées, semblant se fermer, des bas-reliefs présents sur son Monument aux morts. Denses, pleins de silhouettes et de visages hurlants, de mouvement et d’ardeur dans la bataille.

Vient alors une grande statue de guerrier, dans une pose peu naturelle qui étire sa musculature autant qu’elle suggère une maîtrise du combat qui échappe à l’observateur. Cette masse de bronze impressionne, et derrière elle, du vide, son dos creux est à la vue du public, on peut y mettre la tête, entendre l’écho de sa voix. Ce colosse, image de puissance, est présenté pour ce qu’il est, une coquille vide. Et ce vide, la crispation de tous les membres présents dans cette salle, les visages tordus par l’exaltation du combat et la colère, l’ambiance sonore, bruitiste, discrète mais là, tout cela frappe et rend de la meilleure des façons la puissance de l’œuvre exposée. Les statues expriment le mouvement et le bruit tout autant qu’elles sont immobiles et silencieuses.

Dans un coin de la pièce, posés presque négligemment, des outils de Bourdelle, première suggestion de la présence de l’artiste. Non loin, des clichés de ce dernier qui se repose dans des postures désinvoltes, pensives, montrant son épuisement face à la masse de travail qu’il entreprend.

Les sculptures qui ont précédées ont conditionné les visiteurs à voir de la vie où il n’y en a pas, aussi ces photographies donnent-elles le sentiment que l’artiste est avec nous dans la pièce. Ce sentiment est accentué par la présence, juste derrière, de la sculpture visible sur les clichés.

Enfin, au fond de la pièce, des cartes postales montrent le Monument aux morts achevé, livré à Montauban. Ces cartes montrent certains moments de la vie du monument, posant la question de ce qui n’est pas montré. Il se trouve, à cet endroit de l’exposition, d’autres sculptures atypiques que vous aurez le loisir de contempler.

Cette exposition, pesante et puissante, montre la capacité de suggestion de Bourdelle qui donne de l’élan à l’immobile pour exprimer le mérite des combattants tombés au combat tout en leur rendant hommage. Ce déluge de vitalité et de violence peut être vue comme un éloge de l’héroïsme ou comme une exagération qui, juxtaposée avec les noms des soldats tombés, renvoie à l’absurdité de ces morts. On y sent en tout cas une force qui émane du métal et frappe l’observateur. L’éclatement des divers éléments du monument permet de mieux en comprendre les nombreux détails et la somme d’efforts fournis par Bourdelle pour en venir à bout : avec un seul monument, il est possible de faire une exposition. C’est une belle façon de rendre honneur au travail du sculpteur et à l’ampleur qu’il lui a su lui donner.

BOURDELLE ET LE MONUMENT A MONTAUBAN

Infos pratiques :

Adresse : Musée Bourdelle, 16-18 Rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris
Infos & Réservations : www.bourdelle.paris.fr

Dates : Jusqu’au 29 janvier 2017
Tarifs : Plein tarif : 7€ Tarif réduit : 5 €

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